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L'homme de Kiev


Dans son roman « L’homme de Kiev » *, Bernard Malamud narre l’échange suivant entre le patron russe d’une entreprise familiale de briqueterie et le personnage principal Yakov Bock : « Je sais parfaitement que le contremaitre détourne régulièrement une certaine quantité de nos produits et c’est pour cela que je veux vous embaucher ». « Pourquoi ne le flanquez-vous pas dehors ? Plus facile à dire qu’à faire… Si je le renvoyais je n’aurais plus qu’à fermer boutique. C’est un excellent ouvrier…. Ce que je voudrais en tant que Chrétien, c’est l’empêcher de voler. Ne pensez-vous pas que ce soit là, la solution la plus sage et en même temps la plus charitable …Vous aurez la charge de contrôler les comptes et votre simple présence sera dissuasive. »


Contrairement à l'Homme de Kiev, je n’ai jamais rencontré de « management chrétien » en entreprise.

Dans « la vrai vie » l’auteur de malversations, tout compétent qu’il soit, est licencié pour faute lourde et pour ce que je suppose être les raisons suivantes :


· Le lien de confiance, si important au sein de toute collectivité, est rompu en cas de fraude avéré ne peut être renoué au nom d’une bienveillance chrétienne. Il n’y a pas de seconde chance en cas de vol ou de malversation démontrée. A l’exception de quelques patrons d’entreprise qui se font un point d’honneur d’embaucher d’anciens détenus au titre de leur réinsertion dans la société, la majorité attendent que votre casier judiciaire soit vierge.


· Il est plus aisé de remplacer que de réparer. Pourquoi prendre la peine d’un effort pédagogique alors qu’il est si facile de remplacer ? Qui aujourd’hui embaucherait une ressource supplémentaire pour corriger le comportement d’un salarié s’adonnant à des larcins au sein de l’entreprise ? Personne à ma connaissance.


La charité chrétienne, telle qu’évoquée dans cet ouvrage, n’a que peu de place dans le management des entreprises. Les fonds de pension anglo-saxons ne l’intègrent pas dans l’équation des profitabilités attendues, et les patrons fondateurs, même s’ils peuvent faire preuve d’un bienveillant paternalisme ne franchissent pas le pas.



*« L’homme de Kiev » Bernard Malamud (1966) -Editions Rivage Poche.

Roman transposé au cinéma dans le film du même titre, par John Frankenheimer (1969), je vous le recommande vivement.

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